Un site pour la filière forêt-bois en Occitanie
Être utile avant tout.
Pendant toute ma première année de directeur opérationnel du Campus, j'ai réfléchi à un site qui ne soit pas un site de plus. Tout le monde en a un et, maintenant, du fait de l'IA, on ne s'y rend même plus : on pose une question à l'IA et la synthèse arrive toute faite. Comment pallier cet état de fait ? Comment être utile à la filière, à un jeune, à ses parents qui souhaitent sa réussite professionnelle ?
Les sites qui tentent de décrire la filière forêt-bois et ses formations sont nombreux. Aucun ne donne de réponse immédiate à l'élève qui veut s'orienter, ou à l'adulte qui cherche à se reconvertir vers les métiers de cette filière. Aucun ne permet de saisir, d'un coup d'œil, ce qui existe vraiment en Occitanie – côté formation comme côté emploi. La couverture des parcours, du CAP au doctorat, relevait de l'empirisme ; la lecture de l'amont à l'aval à l'échelle régionale n'était faite nulle part.
Ce constat, je l'ai posé sur le terrain, au fil de mes rencontres avec les acteurs de la filière et de ma présence dans les salons événementiels et les comités stratégiques thématiques. Il a depuis été confirmé noir sur blanc par le rapport de la mission interministérielle de conseil n°24071, « Formation professionnelle et enseignement supérieur forêt-bois – Renforcer l'image et l'attractivité d'une filière stratégique » (IGESR et CGAAER, mars 2026).
J'ai donc voulu rendre visible et compréhensible une filière complexe, faite de transversalités, que l'on regarde trop souvent par un seul bout. Ce site en est une pièce. Il appartient à une vision numérique systémique de la filière forêt-bois en Occitanie, qui tient sur deux appuis : la donnée ouverte et l'intelligence collective.
La donnée ouverte, d'abord. Le gouvernement met à disposition, sur data.gouv.fr, une matière d'une richesse considérable. En l'interrogeant par de nombreuses API, on en extrait ce qui compte vraiment : qui embauche, et où – pour un stage, une alternance, un CDD ou un CDI. Ces données ont servi à préremplir les fiches.
L'intelligence collective, ensuite. C'est elle qui ajuste, précise et, quand il le faut, corrige. Son principe : chacun un peu, personne beaucoup. Autrement dit, chacun apporte une petite contribution et nul n'a à y consacrer beaucoup de temps : on respecte ainsi le temps, compté, d'acteurs de terrain déjà très sollicités. Elle fait prendre corps à la filière, l'autorise à dire qu'elle existe, et pose que remplir les formations est l'affaire de tous. Car la filière forêt-bois, sans être la plus généreuse financièrement, est une filière qui bouge et qui recrute.
De fait, ce site devient un tableau de bord – et c'est donc un site sur lequel on se rend. Un tableau de bord pour le jeune qui cherche une alternance et veut être efficace ; pour l'enseignant qui cherche des informations sur la filière ; pour les parents qui se posent des questions ; pour les établissements qui peuvent se présenter et renvoyer vers leur propre site.
Un tableau de bord, également, pour la carte des formations. La géolocalisation, en l'occurrence, a révélé des manques perçus par beaucoup d'acteurs – DDFPT, cadres d'entreprise… – mais restés au niveau du perçu. Cet outil les a révélés immédiatement : pour tout l'amont, une seule licence professionnelle dans toute l'Occitanie, à Vic-en-Bigorre. Côté aval, aucune. Et une unique formation de niveau 7, à Montpellier. Dit autrement : l'Occitanie forme en nombre jusqu'au BTS – les techniciens et les profils opérationnels – mais très peu au niveau licence, celui de l'encadrement intermédiaire, et plus rarement encore au niveau master et au-delà, celui de la conception, de la recherche et de la direction. Ce qui relevait du ressenti devient ici factuel, documenté, opposable.
Ce site s'adosse à plateforme.cmq-fbo.fr, la base de données de la filière forêt-bois en Occitanie. C'est elle qui reçoit, sur un mode wiki, les contributions des acteurs ; c'est elle qui alimente ce site. Le site, lui, est une éditorialisation de ces données, pensée d'abord pour les jeunes – de la quatrième à vingt-cinq ans – et pour leurs parents, ainsi que pour les enseignants qui les accompagnent dans leur orientation. La base va loin : elle inclut une bibliothèque de ressources multithématiques, jusqu'à des thèses et des rapports exigeants – des documents souvent trop ardus pour un élève seul. Avec l'IA pour les lui expliquer pas à pas, ils deviennent abordables : il ne s'agit pas qu'elle réponde à sa place, mais qu'elle l'aide à entrer dans des contenus complexes. Le jeune progresse alors sur deux plans à la fois, le sujet et l'outil.
L'analyse du besoin faite, le développement a suivi, en mode agile, avec l'IA, sur un temps court : les vacances de février et d'avril, puis en juin. Chaque itération a été guidée par les retours d'acteurs qui connaissent le public des lycées professionnels – enseignants, DDFPT, directeurs et proviseurs, autres directeurs opérationnels de campus. La vitesse des premiers résultats a surpris jusqu'aux partenaires, qui croyaient découvrir un outil abouti là où tout commençait. Depuis, il se complète, s'ajuste, s'affine.
J'ai aussi tenu à tenter une expérience : un assistant conversationnel, la Boussole. D'abord pour attirer – il est devenu naturel, et plutôt stimulant, de dialoguer avec une IA, et celles-ci excellent à lever les idées reçues, à replacer une question dans un cadre plus large, plus sociétal, et à la dépassionner. Mais surtout parce que les jeunes sont souvent orientés par des adultes – très compétents, le plus souvent, mais porteurs de leurs propres biais. L'idée est ici de libérer un peu le jeune : lui offrir la possibilité de s'entretenir avec un « expert » disponible à toute heure, de jour comme de nuit.
C'est aussi, si l'expérience réussit, la perspective d'un corpus d'orientation nourri par le grand nombre. J'imaginais volontiers le tester à l'échelle de plusieurs Campus. Son analyse aiderait à mieux comprendre comment, globalement, les jeunes s'orientent : le font-ils seulement aux moments charnières, ou tout au long de leur scolarité ? Et la façon de formuler les questions – la syntaxe, le sens des mots – leur pose-t-elle problème ? Voilà, précisément, le genre de question qu'un tel corpus permettrait d'instruire.
C'est, au fond, ce que ce site revendique : un travail vivant, ouvert, et tourné vers celles et ceux qui cherchent leur voie.
Crédits & remerciements
Les visites 3D des plateaux techniques sont réalisées par © 2026 JUUMO · Studio d'expériences immersives, que je remercie.
Les photographies sont créditées image par image, à l'endroit où elles apparaissent. Données : data.gouv.fr et les contributions des acteurs de la filière, rassemblées sur plateforme.cmq-fbo.fr.
Ce site grandit avec la filière
Un acteur de la forêt-bois ? Votre regard le rend plus juste.